|
| |
Anthropologie
Maritime
M A N O F A R A N
H O M M E D’ A R A N
<<
1
2
3
4
5
6 7
>>
|
REQUIN
(si vous citez cette page, merci de
mettre en référence son adresse)
REQUIN Scène
presque aussi dramatique que celle de la tentative de
récupération du filet arraché à l’océan, elle
montre le travail collectif (adaptativité, selon
les concepts de l’Écologie culturelle) des hommes (mâles,
pourvoyeurs de protéines animales) dans un combat qui,
une fois encore, n’est pas sans rappeler Nanook
of the North et la chasse au morse. Le pêcheur
y trouve ici sa notabilité (présumée et montrée
dans un but didactique) de chasseur dans un combat
qui l’oppose à une force de la nature, un
requin pèlerin (Cetorhinus maximus,
dénommé encore plus simplement pèlerin). Cette
scène, l’une des plus dangereuses car, plus
pratiquée au moment du tournage, fut entièrement reconstituée
avec l’aide d’une des dernières personnes l’ayant
observée. FLAHERTY appuie sur le côté dramatique
de la chose en annonçant le plus grand poisson de
l’Atlantique sinon du monde, une petite
erreur car il n’est que le second plus gros (dépassé
par le requin baleine). Ces reconstitutions de
scènes de chasse (et dramatisations) allaient faire par
la suite de nombreux émules, avec des résultats
plus ou moins heureux si l’on pense aux scènes de
reconstitution de chasse de la série Eskimos Netsilik
(supervision A. BALIKCI) dans le Grand Nord
canadien, de celles filmées par J. MARSHALL
en Afrique du Sud ou encore de celles de J. ROUCH
(pour n’en citer que quelques-unes). Le requin
pèlerin ou basking shark (lézardant au
soleil, en anglais) est un migrateur placide dont le
danger de la capture tient surtout à ses taille et poids
imposants (il peut mesurer jusqu’à 15 m et peser 8
tonnes), qui revenait chaque année en ces eaux riches en plancton
se nourrir en filtrant (le film montre bien à cet effet
les fanons de l’animal) l’eau de surface.
Indirectement, sa présence (exceptionnelle aujourd’hui)
dénote une richesse halieutique de ces eaux
attirant d’autres amateurs de plancton comme le maquereau
(c’est d’ailleurs dans un hangar pour le traitement de
ce dernier que R. FLAHERTY développait ses rushes
qu’il visionnait ensuite à un autre endroit). Le foie
d’un requin pèlerin (jusqu’à 25 % du poids de
l’animal) donne entre 300 et 1.000 litres d’huile fine
et de bonne qualité, employée autrefois en chimie
et comme combustible d’éclairage domestique.
R. FLAHERTY raccorde d’ailleurs ce dernier
élément à la maisonnée, en montrant une lampe
à huile rudimentaire faite d’une valve de
coquille Saint-Jacques munie d’une mèche allumée
mais omet le lien avec l’industrie chimique (médicament,
parfum, diluant, peinture, etc.) à qui était destinée
la plus grande partie de cette huile, industrie qui
extrayait de l’huile de foie de requin un
terpène (groupe d’hydrocarbures), le squalène.
Indirectement cette séquence de pêche au requin au
harpon montre un autre détail topographique, celui
d’une côte basse et sableuse, alors qu’en
début de film il avait plutôt opté pour celles
rocheuses, plus dangereuses et impressionnantes mais à
l’effet beaucoup plus dramatique. A posteriori l’image
du requin mort mis à couple du curragh (tête-bêche,
queue vers la proue, pour éviter que la gueule
béante ne fasse frein) préfigure le poisson du Vieil
homme et la mer d’HEMMINGWAY.
<<
1
2
3
4
5
6 7
>>
|
|
|