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POISSONS, POMMES DE TERRE
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POISSONS
Si le
film débute presque en montrant des activités de menue pêche,
curieusement la place du poisson est réduite à la
portion congrue, au fait divers ou à la dramatisation. R.
FLAHERTY reprend avec MICKLEEN (ou MIKELEEN
[Mullen 1970] ou Michael [ang.], l’enfant) un fait
déjà noté par J. M. SYNGE, la pêche à la
ligne depuis le haut d’une falaise. MICKLEEN attrape
bien un poisson, mais il est… inerte ! Pat MULLEN
(dans l’ouvrage écrit sur le film) explique les
difficultés qu’il y avait à avoir un poisson
frétillant à son arrivée en haut de falaise,
et combien d’essais (tous très risqués pour l’enfant)
cela prit avant d’y parvenir avec succès… ce que l’écran
contredit. L’image n’est pas anodine avec l’intention
de montrer que même un enfant participe à l’acquisition
de nourriture (acquisition de protéines animales) et
fait sa part dans l’unité familiale. Cela permet à FLAHERTY
de montrer une série de détails pour appuyer l’ensemble
ingéniosité / adaptation au milieu, matériaux et
technique : MICKLEEN règle la tension de la ligne
à main dégagée du bord de la falaise par le pied,
entre les orteils, ce qui est permis par la pampooty
mais ne le serait pas par le port d’une chaussure
normale. Le film va cependant insister beaucoup plus sur
le côté très dramatique de la récupération d’un
filet qui laisse le choix au spectateur de considérer
cela comme une exagération (et c’en est une !) ou comme
un documentaire extraordinaire sur l’importance de cet
engin de pêche pour la famille prête à risquer sa vie
pour lui. Les images sont saisissantes, mais de poisson
ultérieurement —hors pèlerin— rien ! Comble
de l’ironie, la seule chose que l’on voit mangée dans
le film est une… pomme de terre ! L’adaptation
à l’environnement, la mer, l’océan pour un HOMME
D’ARAN pêche (sans jeu de mot) par excès de
romantisme, même s’il ne fait aucun doute de savoir à
qui on a réellement à faire. R. FLAHERTY cède
ici à une vision terrestre qui —directement ou
non— tient la pêche pour du vulgaire sans
intérêt, à moins que cela ne relève d’une image
impressionnante. Ce manque de considération pour une
activité centrale en ces îles et une consommation qui
constituait la base alimentaire (que l’on retrouve aussi
chez SYNGE [Synge 2000 : 40] qui fait,
en matière d’alimentation, à peine référence au
poisson salé alors qu’il note "…en général
les hommes se réunissent pour parler, avec des
répétitions à l’infini, de la marée et du poisson…")
est d’autant plus étonnant que les FLAHERTY ont
séjourné assez longtemps sur ces îles. Si la baie de
GALWAY (qui sépare les îles ARAN de la grande
île d’Irlande) regorge ou regorgeait de homards,
harengs, morues, goberges, haddocks, merlans, plies,
soles,
barbues, turbots, pilchards, maquereaux et sprats… on n’en
sait rien ! Et que dire des coquilles Saint Jacques
dont une valve sert de lampe à huile dans le film ?
POMMES DE TERRE
La
pomme de terre constituait non seulement la base
alimentaire végétale, mais encore sa réserve. C’est
d’ailleurs ce que contient la marmite dans la
chaumière, dont l’eau de cuisson n’est pas
gaspillée mais sert ensuite à adoucir et assouplir les pampooties
(sing. pampooty, chaussures traditionnelles des
îles Aran, en peau brute rasée [vache, ou
mouton], lacées, utilisées sur les curraghs,
dans l’eau de mer et les rochers, mais qui devaient
toujours être maintenues humides ou mouillée et
mises souvent à dessaler, comme les vêtements).
Le film montre une pratique assez répandue chez les populations
maritimes, non seulement en cet endroit mais aussi en
bien d’autres du monde, compte tenu de la nature des
sols. Véritable travail de pionnier et de génie
agricole, le sol était souvent allégé avec du sable,
amendé avec des algues et des restes de pêche
(fournissant ainsi un engrais naturel phosphaté).
Ce travail d’apparence ardue se fait pourtant dans
la coopération et la bonne humeur, preuve
que le combat avec la nature ne rend pas malheureux
(une bonne humeur —appuyée par une musique gaie— que
l’on verra encore en toute fin, à propos d’une autre
coopération [thème cher au socialisme], la chasse
au requin). Cette inventivité allait servir de support
anthropologique à la théorie dite du fonctionnalisme,
avec une évolution du socialisme (en
anthropologie) de la fin du 19e vers le marxisme
du milieu du 20e (toujours en anthropologie)
dont une branche allait évoluer vers l’écologie
culturelle, théorie —pourtant mise à mal très
tôt par nombre d’ethnologues— voulant que la culture
soit conditionnée (et par extension précontrainte) par l’environnement
naturel (un fonctionnalisme écologique). Les
anthropologues ne manquaient pas de noter le travail
par sexe et catégorie d’âge comme celui
commandant leur mélange (socialisation), et ce
jusqu’à M. SAHLINS et son étude
révolutionnaire des MPD.
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