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TOUT SI BIEN MAL PLACÉ À LA BONNE PLACE

 

 

LE TILAPIA DU TANGANYIKA (monologue)

« Vous aimez la musique ?

Évideeemment que vous aimez la musique !

Seuls les sourds y demeurent réfractaires… mais pas à toute vibration… et s’ils vibrent pour des sons de partition, alors ils vibrent pour de la musique. 

Vibrer à deux sons… celui qu’on entend, celui pour lequel on est sourd… être en parfaite harmonique !

D’ailleurs plusieurs font chorus autour de la musique, des bons chœurs pour faire de bonnes bandes de sons… en harmonie !

Les sons, sooons sooons, sont toujours en harmonie lorsqu’ils vont en bande… bande de sons !

Mime un chanteur soliste très inspiré,

la main sur le cœur, lèvres mimant une chanson imaginaire.

Geste d’écart, du poignet et de la main, à « laissons »

Pas cooons… laissons !

Aaah ! douce musique que je vous chante là… vous connaissez la musique !

Eh bien moi non, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, et ce ne sont pas des fa dièses : je n’y connais RIEN !

Mais alors rien !  Rien à la musique.

Que seul fais-je sans clé de sol ? 

Rien ! Seul au sol avec clé de sol pour donner le la ?

… »

 

EN DEDANS J’ÉTAIS HORS DE MOI (monologue)

« …

La colère est mauvaise conseillère… mais alors pour ce qui est de donner de la gueule… elle n’a pas son pareil !

Une colère vacharde, rancunière, méchante, profonde, qui vous brûle les tripes, vous calcine le cœur qui…

Montant le ton tout en expliquant du geste

…monte en vous, résonne dans vos poumons, se rend aux cordes vocales, tourne et retourne dans le larynx, accélérée violemment par des idées noires et vous voilà hurlant : IL FAUT LE DIRE !

Ton normal

Oui, bon ben ça va, on a compris ; vous l’aurez compris !

Moi, la colère, la colère... la colère en dedans, là ? Je ne peux pas !

En dedans ? Ça me met hors de moi !

Hors de moi l’idée d’avoir la dent : faut que ça sorte et n’en parlons plus !

Voilà !

Temps

Ça vous arrive d’être hors de vous ? Quand c’est en dedans ? Là ? Avoir quelque chose en dedans qui s’auto-vire dehors… c’est un comble ! Mais après… après, ça fait du bien, tout revient à la normale, au dedans comme au dehors, on respire mieux, on récupère, on se retrouve…

Enfin, normalement !

Temps

Je ne sais pas si cela vous est arrivé, à vous comme à moi… mais la dernière fois que j’ai été hors de moi… ça a été un calvaire… un terrible calvaire ! 

… »

 

 

 

DU BON GOÛT DU BAGOUT DES BAGUETTES ou L’altération d’allitérations (monologue)

« …

Le sushi ? C’est du poisson en languette ; faut pas tirer sur la languette, c’est ça qui se mange.

Et la languette se vend à la pièce. 

— Vous avez combien avec vous ?

— Cinq pièces !

— Alors deux sushis !

— Cinq pièces, chez moi, ça fait cinq morceaux !

— Ici, c’est quitte ou double !

— Comme vous y allez ! C’est de bon ton ?

— On fait du sushi quand on met les morceaux en pièces de morceaux choisis, Monsieur ! Ça vous donne le thon !

— Le sushi ? Qui l’eut cru !

— Mais tout mangeur de sushi !

— Vous faites des prix de gros ?

— Pas les jours de maigres !

— C’est bien mon jour !

Voilà pourquoi les Japonais n’ont pas de problème de surpoids ; c’est la diète au régime !

… »

 

 

OINT PAR TÉLÉPHONE (monologue)

« …

Ouïr, donc, qui donne : “j’ois, tu ois, il oit, nous oyons, vous oyez, ils oient”, au futur : “j’ouïrai” et au subjonctif : “que j’ouïsse”.

Avec “j’ois”, Louise jouit avec entendement de Louis… mais peut aussi jouir avec contentement de quiconque d’autre, car les plaisirs ne sont pas limités à un seul sens ni quidam à l’écoute.

Vous prêtez bien l’oreille à mon dire, ouïr donne bien : “j’ois, tu ois, il oit, nous oyons, vous oyez, ils oient”.

Nous “oyons ”, c’est “ouïr”, nous “pognons”, c’est jouir, nous “oignons”, c’est “oindre” et vos oignons ne me regardent pas !

Vous oyez que nous nous entendons bien là-dessus ? 

… »

 

 

EN BONS THERMES : MOTS DANS LE BAIN (monologue)

« Vous commencez à être habitué à mon humour… et à son spirituel absurde… ?

Non, parce que si vous ne vous y êtes pas habitué, alors vous devez vraiment vous demander ce que vous fichez ici… au risque de maux de têtes.

Figurez-vous qu’à mon dernier spectacle il y avait un journaliste.

Oui, bon, ben ça arrive. On ne peut pas tout contrôler !

Et j’avais intitulé celui-là : Mots en tête pour mots d’esprit. 

Je ne sais pas ce qui lui a pris, au celui-là, mais le lendemain, en en-tête du journal, il y avait : Mots d’esprit pour maux de tête !

Se prend la tête entre le pouce et le majeur,

en faisant une vilaine grimace comme

s’il souffrait d’une violente céphalée

C’est le genre de mal d’en-tête qui fait mal. Et comme les cachets des artistes sont comptés, j’ai préféré conserver ma réserve.

J’ai lu l’article… dithyrambique !

Là, je n’ai plus compris ! Je me suis dit : ou cet homme fait de l’esprit, mais il s’est fait plomber par son typographe, ou alors il a perdu la tête sur le cou ; en pleine en-tête !

Non, mais attendez, “mots en tête pour mots d’esprit” et “mots d’esprit pour…

Se prend à nouveau la tête entre le pouce et le majeur,

en faisant une vilaine grimace comme

s’il souffrait d’une violente céphalée

…maux de tête” ce n’est pas du tout, mais alors pas du tout la même chose ! 

Au contraire, c’est le contraire !

… »

 

 

PRENDRE SON PIED POUR NE PAS PERDRE LA MAIN (monologue)

« …

HALTE ! Sont-ce là jeux de mots laids ?

Complice du public

Ben oui… avec l’épate... hein… ?

Vous me connaissez : jeux de mots laids ? J’enjambe !

Les jeux de mots laids… mais c’est ce qui fait courir les foules !

Car les jeux de mots laids sont le ressort du comique…

Se met à sautiller par petits bonds de pointes de pieds

Et comme c’est pour ça que vous êtes accourus, après ce petit réchauffement de mise en forme pour mettre la main à la…

Lève un pied pour le toucher de la main

…patte, arrivons-en à l’objet véritable de ce présent sketch : les mains, les pieds.

Mal en équilibre

On ne pourra pas dire que je n’ai point fait des pieds et des mains pour vous amuser.

Je veux, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, toucher du doigt la main et au pied donner du cor. 

Souffle dans son olifant avant de reposer pied

C’est sérieux. 

… »

 

 

SANS QUEUE NI TÊTE (monologue)

« …

Un mineur étaie n’importe quoi, mesdames et messieurs : sa pensée, son dis­cours, son raisonnement… tout, sauf des idées lumineuses… forcément !

Éblouissante noirceur, mineur, sous tel éclairage, tue tes phares !

Car un mineur avec des idées noires a mauvaise mine, à cause des étais, justement, car dès que l’un d’entre eux dit : “ étayons les lumières…”, alors la clarté vacille, ils se retrouvent dans la grande noirceur… la noirceur les mine… ils étaient… et quand ils étaient, ça les allume et ils supportent mieux !

Un mineur qui par mégarde lancerait : “étayons les lumières !” serait vraiment au fond du trou, un mal majeur de mal mineur… dans un puits sans fin. Mauvais messie, on dirait aussitôt : “ voilà l’élu miné !”. La remontée, sinon impossible, demeurerait à tout le moins difficile… il serait probablement éliminé de la mine, perdu… à commencer pour sa minette, ses enfants ou sa femme, Mimine.

… »

 

 

CORPS DU SUJET (monologue)

« Mon ami Caducée fait un joli métier !

Il est chirurgien ; ce n’est pas rien !

Un puits de science avec ça ! Un cerveau ! D’un hémisphère à l’autre reconnu ! Ha ! il en a dans le crâne !

Ça vous étoffe un homme, ça lui donne de l’épaisseur, du coffre… et même ça vous inspire.

Ha ! il a de l’estomac !

Temps

Mais je me fais de la bile car je le vois qui a perdu la foi.

"Il faut des tripes pour ce métier, me dit Caducée. Je n’ai plus le cœur au ventre ! Je me sens un peu anémié. 

Hier, l’opératrice m’appelle pour un type mort de rire ; eh bien je ne me suis pas foulé la rate, je te le dis ! 

Tu te rends compte, moi, l’épine dorsale de mon service, mon service poumon de l’hôpital, l’hôpital organe essentiel de notre communauté ? 

C’est vrai, il n’y avait plus rien à faire, le type était miné, il a sauté sur une ex­plosion de joie, s’est retrouvé noyé par le rire jusqu’aux larmes, la crise, infarctus du tocard, paf !, c’était fini : mort de rire !"

… »

 

 

BEAU ZOO DE BOZOS ou Comme des bêtes (monologue)

« …

Moi, rien que de voir ça, ça me file le bourdon ! Sa bougresse a une araignée dans le plafond, fait toujours sa baboune* comme le dernier des suceux de coffre** … têtue comme un âne, une vraie bourrique… le genre de personne que je mettrais au vert, solitaire, si je m’appelais Greenpeace ! 

Et de l’envoyer paître… 

Ha ! la vache !

Petits rires étouffés

Non, excusez-moi, je ris, parce que je viens de penser… enfin, petite digression… jazzée… si je puis m’exprimer ainsi… dès que je pense “vache” je ne peux m’empêcher de me remémorer :

Chanté

“I got the boOoOuUuses… !”.

Parlé

Vous savez, les vaches, ces bêtes à peau de dalmatien ? Qui vont de mâle en pis ? 

Par cent bœufs, les vaches !

Eh bien on a vu des vaches faire pis, et certaines même pipi, et se jeter sous un train tellement elles avaient les bouses depuis la disparition des bains à vapeur !

Chanté

“I got the boOoOuUuses… !”.

… »

 

 

ACCORD PERDU (monologue)

«…

CERVEAU ? Haaa ! vous pensez si le CERVEAU jubilait de tous ses neuro-récepteurs. MOËLLE ÉPINIÈRE l’inondait : de rapports d’améliorations

de rapports d’appréciations,

de rapports de caractérisations,

de rapports de clarifications,

de rapports de classifications,

de rapports de conciliations,

de rapports de confirmations,

de rapports de connexions,

de rapports de considérations,

de rapports de construction et destruction,

de rapports d’affectations et de réaffectations,

de rapports d’éducation et d’éjaculation,

de rapports d’évaluations et de réévaluations,

de rapports d’évolutions et de révolutions,

de rapports d’expansions et d’extensions,

de rapports d’affection, de négation et d’affirmative action,

de rapports de fonctions,

de rapports d’incubation,

de rapports d’insinuations,

de rapports d’inventions,

de rapports de justifications,

de rapports de manipulations,

de rapports de mentions,

de rapports de missions,

de rapports de modifications,

de rapports de pensions,

de rapports de propositions,

de rapports de rationalisations,

de rapports de raréfactions,

de rapports de réductions,

de rapports de rétentions,

de rapports de satisfactions,

de rapports de multiplications, de divisions et d’additions,

de rapports de défections, de réfections et de réflexion,

de rapports de structurations, de déstructuration et de restructurations,

de rapports de situations,

de rapports de solutions,

de rapports de suggestions

de rapports d’élucubrations…

 

 

…gros travail de peu de rapport dans une grosse boîte inféodée au multi task… le rapport au rapport, « rapport que » ça n’en finissait plus et n’avait plus rapport ! 

… »

 

RIRES JETÉS DANS LE MARRE (monologue)

«…

En vacances, on a rencontré Hillary à la Baie des Ha ! Ha !, Hillary Lamarre… Tu te souviens ? Quand on s’appelle Hillary, que votre mari s’ap­pelle Larry, que de Lamarre on soit devenue Demoy, qu’on vous rencontre à la Baie des Ha ! Ha ! on se dit : “bienvenue au Canada !”… où certains plaisirs bilingues ne se goûtent qu’ici… Des prénoms anglais avec des noms français, comme Michael ou Kevin Durant… Durant “T” ou “Durand “D” comme Dupont “T” et Dupond “D”, certes en France ils en ont ; mais par snobisme ! Alors qu’au Canada… Hillary Demoy et Larry Demoy, c’est pas des Français… et quand en sus on les y découvre à la Rivière Ha ! Ha !, au Lac Ha ! Ha !, à la Baie des Ha ! Ha ! Hahaha… ! on comprend que ça déclenche une mer de haha ! Trop c’est trop, l’humour est en moi… haha ! après la Rivière Ha ! Ha !, le Lac Ha ! Ha !, la Baie des Ha ! Ha !… Héhé ! pas gaga le gars haha !

Elle…

Silence, expression d’un grand mutisme

Elle : On est revenu de vacances il y a huit mois… Haha ? Et depuis, t’as rien foutu… Ha... ? Ha ? Haha… ?

…».

 

* Québécisme : faire la moue, la tête.

** Surnom des meuniers (poisson suceurs, famille des catostomidés) du St. Laurent, souvent pris dans des viviers de bois (coffres).

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 Dernière mise à jour: 14/12/2009; last update: 14/12/2009

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