Construit sur LaRocque et le Sable
RÉCHAUFFÉ DU RÉCHAUFFER L’ATMOSPHÈRE
(monologue) ;
« … Parler de la Terre, c’est un monde, vous savez…
C’est drôle…
Rit, puis sérieux d’un coup
…parce que ce ne l’est pas… C’est drôle, enfin, parce que
ce-n’est-pas-drôleu !
Vous ne me suivez pas ? Bon, ça va ! Vous voulez un exemple ?
Oh, mais c’est plus simple que vous ne le croyez.
J’étais avec des amis, tous des scientifiques, des politiciens
de haut rang, des philosophes de haute volée, des intellectuels
de petite bordée, alors évidemment, hein ? Que dire… Une boutade
? Chaude ambiance, chaude compagnie, j’ai bêtement lancé à chaud
LE sujet brûlant : LA TERRE SE RÉCHAUFFE !
…
Ça a jeté un froid !
…
Quel froid dur !
…
C’est l’effroi au réchauffement !
…
Non, mais vous savez, j’aurais tout aussi bien pu dire : “LA
TERRE SE REFROIDIT”…
…et ça n’aurait pas jeté un chaud !
Notez qu’on peut jeter un froid, mais jamais tout seul ; sinon
il n’a aucun effet, ni aucune chaleur. Il faut être au moins
DEUX pour jeter un froid, un qui jette l’autre qui se le ramasse
et, plus on est nombreux, plus le froid est froid, plus le froid
en est jeté, comme un sort, plus il se retrouve à terre et moins
on s’en sort : alea jacta est !
Il est vrai que,
pour certains, le froid jeté ne fait ni chaud ni
froid et que d’autres encore peuvent demeurer tièèèèdes… c’est
vrai, c’est vrai !
Sauf que làààà… c’est la Terre qui avait mis la Terre à terre et
ça faisait à tout le monde comme une brûlure le long de
l’échine, du sacrum à l’atlas, un froid brûlant dans le dos !
Parce que ce n’est pas tout que de jeter un froid même, au pire, pour réchauffer l’atmosphère; quand on jette un froid, moi je
vais vous dire ce qui est le plus difficile : c’est de se le
ramasser ! Car ce sont les autres qui se le ramassent et, en
général, ils n’aiment pas ça !
Et ils vous ramassent avec !
Glacial !
La neige c’est du froid qui peut faire boule de neige quand il
tempête et ça se ramasse à la pelle, mais le froid jeté, a
contrario, a tendance à échauffer certains esprits… du monde
qui n’a pas de flegme et ne sait pas demeurer… cool ! La
température monte, les esprits s’échauffent, le sujet devient
brûlant, tout devient fumeux, une étincelle suffit, ça
bouillonne, ça exploÔose, BANG, le froid a mis le feu aux
poudres !
Les jeteurs de froid sont des pyromanes sociaux ! Des pyromanes
au pire, man !
C’est un sujet hot le froid jeté à l’annonce du réchauffement de
la Terre, un sujet hot ce froid-là !
…
LA TERRE SE RÉCHAUFFE !
Ohlàlàlà, vous ne savez pas, vous ne savez pas ce que j’avais
dis là, en plein buffet de chauds et froids… car sur Terre
l’humain souffle de tout, le chaud, le froid, du chaud-froid…
…moi, le chaud-froid de volaille… j’adôÔôre !
… »
POUDRES RIENT
(monologue) ;
« … En fait, voyez-vous, sans qualificatif, la poudre n’est
rien. On ne peut dire “la” poudre, comme ça, sans que les
autres poudres rient… voyez la poudre à joue, mise en joue,
comme la poudre à canon, elle rougit, et pique un fard alors que
l’autre pique un coup de sang… alors, évidemment, dès qu’on voit
rouge, on vous dit “Tiens, le(a) poudre y est !“ ; c’est la mise
en boîte assurée ! La poudre peut toujours être un peu plus en
poudre, sans, cependant, qu’elle ne devienne de la poudre de
poudre. Sinon elle tomberait en poussière et serait mal propre
aux sots poudrés qui l’enverraient, sale, paître. Comme dans la
poudre à canon, si noire qu’elle n’est bonne qu’à vous faire une
face de mise en deuil. Enfin, puisque la poudre idoine n’est
pas peau d’iguane, revenons à la Chine, à nos dragons.
…»
REMONTÉCONTRE L’AMER
(monologue) ;
« … Tu connais le sketch de Devos, La mer démontée ? Ben
il a oublié celle-là :
Où est la mer ?
La mer… elle est démontée !
Ça remonte à Caen ?
Je ne sais pas !
Ça remonte à Hyère ?
Ho ! Bien plus que ça !
Question à mille euros, pour qui à Monte-Carlo ?
Carlo est remonté ? Depuis Caen ?
Depuis qu’on a essayé de le descendre !
Il est monté sur scène, oui, oui, dans le Nouveau-Brunswick ;
alors il a un peu adapté pour le public :
Fait comme s’il montait sur scène,
ajuste son vêtement
Où est la mer ?
La mer… elle est démontée !
Ça remonte à Terracadie ?
Je ne sais pas !
Ça remonte à Moncton ?
Question à mille dollars, pour qui a monté la Sagouine ?
La Sagouine est remontée ? Depuis quand ?
Depuis qu’on a essayé de la monter !
Temps
SILEEEENCE dans la salle !
Ha ! Il était bête, ça oui !
D’abord ce n’est pas terre Acadie, mais Tracadie,
même si c’est terre d’Acadie, et puis parce que la mer à
Moncton… faut monter haut pour la voir, la mer en haut des
montées et encore ne l’y voit-on que rarement, qu’après être
remonté et remonté, plein de ressort !
… »
LE FLORILÈGE FAIT FLORES
(monologue) ;
« … Moi ! moi, si j’étais fleur… je partirais cœur battant, la
fleur au fusil, conter fleurette à la Terre entière !
Haaaa, si j’étais…
Effeuillant une autre énorme fleur
…fleur bleue ? Je serais véronique !
…dans l’air du temps ? Rose des vents !
…théâtre ? Latulippe !
…roman ? La dame aux camélias !
…syndicaliste ? Larose !
…poèmes ? Les fleurs du mal !
…sépales d’un moulin ? Fleur de farine !
…le Messie ? Fleur de la Passion !
…porteur d’espoirs ? Mayflower !
…idées ? Roses !
…éphèbe au miroir d’une fontaine ? Narcisse !
…virginité ? Fleur d’oranger !
…nomade ? Rose des sables !
…champignon ? Rosé-des-prés !
…divin vin ? Rosé !
…friandise ? Violette de Toulouse ; ou mimosa de Montpellier !
…dernier venu sur terre ? Orchidée !
…sel de la terre ? Fleur de sel !
…hymne ? Fleur des chants !
…au champ d’honneur ? Coquelicot canadien… !
Florilège et anthologie poussent en même terre, par les mêmes
racines, sur le terreau fertile de la littérature qui s’assemble
pour se ressembler en ces bouquets parfumés et particuliers si
chers aux gens de lettres…
Surprenante légèreté des lettres… lettres ou ne pas l’être…
lettres en feuillets, l’être à effeuiller… qu’être sinon fleur
bleue ?
… »
INSOLENCES D'ASSONANCES
(monologue) ;
« Quelle insolence ces assonances pour qui n’est point chiche de
chiper ni pois chiches ni saucisses de Shippagan !
Sisi !
Iiiil… il est des mots…
Il est des mots qui font rire, il en naît d’autres qui font
sourire…
Il n’y a qu’à penser aux mots d’enfants… réjouissants,
réconfortants… pour tout dire rafraîchissants !
Quand on arrive aux mots d’adolescents, alors c’est plutôt
l’homonyme du mot, “ème—a—ü—ixe”, un pluriel touffu et compliqué
de mal être qui nous vient à l’esprit.
Il y a les vieux mots des vieux… vieillots, surannés, caducs
parfois, défraîchis, d’un passé qui est leur toujours présent…
jusqu’à ce que les mot s’essoufflent, s’étouffent… à se perdre…
à perdre leur souffle… mot à mot, syllabe à syllabe, consonne à
consonne ou voyelle à voyelle, de plus rien à plus rien… au
silence… lorsque même le verbe meurt !
Ainsi va la vie des mots, de leur naissance…
Mais de leur naissance, voilà jouvence dont on parle peu, car,
avant l’enfance, il y a les mots bébés, non encore construits ni
en bon état de marche… qui font partie de leur apprentissage.
Le mot bébé est d’abord le mot qui sonne, qui atteint l’oreille
pour venir en tête, celui qui cogne aux tympans, royaume des
assonances… où, dans le rire béat et innocent, ils retrouvent
toute leur innocence.
… »
FÉE D’ESPRIT
(monologue) ;
« … Il faut donc se rendre à la réalité, que l’on me fit fée de
la tête aux pieds, ce qui m’a été confirmé par un lointain
cousin parisien, d’un…
Accent parisien
Putaaaaan, mais l’est complét’ment fée, s’mec-là !»
Retour à l’accent normal
Alors qu’un autre, marseillais, n’y croyait pas, avec un…
Accent du Midi
Ton pairæu ? Ta mairæu ? Ton frairæu et toi et tout, fées ?
Oh ? tu me prains pour un fada ?
Retour à l’accent normal
Attention, on est au Canada, icite. On dit : « la neige tombe à
gros flocons !».
Accent du Midi
On n’est pas à Mærseillæ, royaume de Fée Librige, où on dit : la
nègeu tambæ à gros flots, con !
Retour à l’accent normal
Au Canada, c’est le pays de Canadian Tire…
Accent du Midi
…ce qu’à Mærseillæ, accent des fades, ils prononcent « canadi—hein
tailleur !»… comme si le « tailleur » leur donnait plus
d’étoffe !
… »
TOUT POUR RIEN
(monologue) ;
« … Si un homme de cirque vous fait une scène, c’est qu’il est
sur une piste, à la recherche d’un théâtre de nouvelles
opérations ! Vous savez, le cirque, ça marche par cycles… le
théâtre plutôt par hémicycles… on y fait les choses à moitié…
voilà pourquoi on y est doublement subventionné !
Il n’y a plus de bêtes de cirque mais il y en a tant au théâtre
qu’on s’y console.
Au cirque, on fait marcher les éléphants, ce sont les hommes qui
dirigent. Au théâtre, ce sont les éléphants qui mènent le
cirque… et des éléphants, ça vit longtemps, longtemps,
loooooongtemps… au cirque comme au théâtre !
Au cirque, il y a dompteurs et clowns. C’est vrai. Au théâtre,
les premiers ont disparu.
Au cirque, il ne faut pas manquer son entrée en piste, sinon le
directeur vous fait une scène.
Au théâtre, manquez votre entrée en scène, vous allez voir le
cirque !
Au cirque, il y a la musique, l’orchestre, les flonflons… haaaa,
la musique du cirque, joyeuse ou… intrigante lorsque le numéro
est inquiétant, dangereux, étonnant, stupéfiant… au théâtre, les
directeurs connaissent la musique, mais ne la font pas
partager ; certains font valser les acteurs. Certains
spectacles dits avant-gardistes, se voulant théâtraux plus qu’il
n’en faut, sont même assez rock and roll…
Au théâtre on crée : adultes admis… au cirque on récrée :
enfants amis…
… »
L’OCULUS DIGNE CHEZ LUCCULUS
(monologue) ;
« … Vous avez de beaux yeux !
Elle m’a tapé dans l’œil, que voulez-vous ! J’ai pris la chose
à cœur. Ben oui ! Une si belle et jeune et jolie personne,
sans doute nièce d’un grand gars musclé qu’elle aime comme son
monocle, fort, un poste important, haut placé, avec des
relations, des accointances, une huile…
Qu’elle me tape dans l’œil, elle, oui. Lui, non !
Imaginez un peu un œil au beurre noir venant d’une huile !
Ha, non ! Je l’aurais à l’œil, celui-là !
L’avoir à l’œil quand il vous en coûte tant ? Un comble !
Temps
Eh puis, un décolletéééé... Je n’ai pu m’empêcher d’y jeter un
œil… le grand plongeon car, forcément, l’autre a suivi !
Iris, ma femme, une ancienne pupille, est soudain entrée, regard
inquisiteur, l’alarme à l’œil.
Alors, j’ai lâché à la vingt-cinq : excusez-moi, je ne vois pas
sans lunettes ! Je distingue à peine…
Mais quelle conscience avoir quand on regarde au fond du corsage
pigeonnant de celle qui vient juste de vous dire que vous avez
de jolis yeux ?
Mal vu !
Très mal vu !
Ma femme y a vu tout de suite : Tu crois porter des lunettes
d’approche ? Ça tombe bien, tu as rendez-vous chez
l’ophtalmologue !
J’ai levé les yeux au ciel ! Elle me lorgnait et a cru que je
louchais sur la petite !
… »